En France, l’industrie aéronautique désigne la conception, la production et la maintenance des avions civils. Le terme sert pourtant le plus souvent à parler d’un périmètre plus large. C’est celui que mesure le GIFAS, le Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales, qui fédère plus de 500 entreprises. Dans ses chiffres, il additionne l’aéronautique civile, la défense et le spatial. En 2025, cette filière élargie a réalisé un chiffre d’affaires de 85,6 milliards d’euros, en hausse de 11,9% sur un an. Les exportations ont atteint un niveau record de 59,4 milliards d’euros.
Le carnet de commandes suit la même tendance, avec 88,6 milliards d’euros engrangés en 2025, soit une progression de 5,5%. Ces chiffres ont été publiés par le GIFAS le 6 mai 2026. Ils portent sur l’exercice 2025 et remplacent les données 2023 et 2024 encore reprises sur une grande partie des pages consacrées au secteur.
Ce que recouvre le mot « industrie aéronautique »
La confusion la plus fréquente tient au périmètre. Prise au sens strict, l’aéronautique civile française a pesé 63,3 milliards d’euros en 2025, soit 74% du chiffre d’affaires de la filière GIFAS. Le reste se répartit entre la défense (22,3 milliards d’euros) et le spatial (5,3 milliards d’euros). Un chiffre annoncé sans préciser lequel des trois périmètres il couvre peut renvoyer à des réalités très différentes. L’écart va du simple à plus du tiers selon qu’on parle de l’avion civil seul ou de l’ensemble aéronautique, défense et spatial.
L’Insee retient un autre découpage encore. Sa dernière étude complète porte sur l’exercice 2020 et a été publiée en 2021. Elle comptait 263 000 salariés dans la « filière aéronautique et spatiale » au sens large. Ce chiffre dépasse celui du GIFAS parce qu’il inclut des activités tertiaires liées à l’aérien, comptées différemment par le groupement professionnel. Comparer un chiffre Insee et un chiffre GIFAS sans vérifier leur périmètre respectif conduit à des écarts qui n’ont rien d’une contradiction réelle.
Trois segments pour un total qui ne s’additionne pas
Un calcul simple fait apparaître une incohérence apparente. La somme des trois segments donne 63,3 plus 22,3 plus 5,3, soit 90,9 milliards d’euros. Le total annoncé pour la filière est pourtant de 85,6 milliards d’euros. L’écart, 5,3 milliards d’euros, correspond exactement au chiffre d’affaires du spatial. La raison tient au mode de calcul du GIFAS. Le spatial est présent à la fois dans le volet civil et dans le volet défense de ses statistiques. Il ne forme pas une troisième colonne qui s’ajouterait aux deux premières. Le total de 85,6 milliards d’euros neutralise ce recoupement, ce que la lecture rapide des trois chiffres pris séparément ne montre pas.
Cette mécanique explique pourquoi certaines synthèses grand public laissent penser à une filière plus vaste qu’elle ne l’est réellement. Elles reprennent les trois montants sans préciser leur articulation.
L’export, moteur de la croissance 2025
Les 59,4 milliards d’euros d’exportations représentent 69% du chiffre d’affaires total de la filière en 2025. Ce ratio est calculé à partir des deux chiffres publiés par le GIFAS. La défense a particulièrement tiré cette dynamique. Ses ventes à l’étranger ont progressé de 21% en un an. Des commandes d’avions de combat et de systèmes de défense sol-air, passées par plusieurs pays européens et du Golfe, expliquent l’essentiel de cette hausse.
Cette dépendance à l’export place la filière française sous l’influence directe des cycles d’achat étrangers. C’est un facteur de croissance en période favorable, mais aussi un facteur de vulnérabilité en cas de tensions commerciales ou de restrictions à l’exportation de matériel de défense.
Emploi: 230 500 salariés et un défi de transmission
La filière a compté 230 500 salariés en 2025, en hausse de 3,1% sur un an. Cela correspond à la création nette de 7 000 emplois. Le calcul de vérification confirme l’ordre de grandeur communiqué: 230 500 divisé par 1,031 donne environ 223 570 salariés en 2024. La progression est proche des 7 000 postes annoncés par le GIFAS.
Le recrutement ne constitue pourtant pas le seul enjeu de personnel du secteur. Le GIFAS signale que 44% des dirigeants de PME de la filière ont plus de 60 ans. La question de la transmission de ces entreprises se pose donc pour les prochaines années. Un groupe de travail dédié a été constitué pour accompagner ces successions, sans que le GIFAS n’ait publié à ce jour d’échéancier chiffré.
Une structure en pyramide, des donneurs d’ordre aux PME
Le secteur s’organise autour d’un nombre restreint de grands intégrateurs. Airbus, Dassault Aviation, Safran, Thales et ArianeGroup en tête conçoivent et assemblent les aéronefs, moteurs et systèmes. Ces donneurs d’ordre s’appuient sur une chaîne de sous-traitants répartie sur tout le territoire. Elle va de la mécanique de précision à la métallurgie, en passant par les équipements de cabine. La France reste, avec les États-Unis, le seul pays à disposer d’une industrie aéronautique complète. Elle sait concevoir, produire et exporter des avions du segment régional jusqu’au long-courrier.
Cette organisation explique la sensibilité particulière du secteur aux à-coups de cadence. Un ralentissement chez un avionneur se répercute vite sur des centaines de PME sous-traitantes, qui portent l’essentiel du risque de trésorerie de la filière.
Origines: de la chambre syndicale de 1908 au GIFAS
L’organisation professionnelle du secteur remonte au 11 janvier 1908. Ce jour-là, un groupe de pionniers réunis à l’Automobile Club de France, parmi lesquels Robert Esnault-Pelterie et Louis Blériot, décide de créer une chambre syndicale des industries aéronautiques. L’objectif est de donner un cadre commercial à ce qui restait alors largement un sport. La première exposition internationale du secteur se tient au Grand Palais à l’automne 1909. Un an plus tard, le syndicat fusionne avec l’Association des Industries de la Locomotion Aérienne pour former la Chambre Syndicale des Industries Aéronautiques. Le nom GIFAS n’est adopté que le 17 juillet 1975, après plusieurs changements d’appellation liés à l’élargissement progressif du périmètre vers le spatial et la défense.
Selon Olivier Andriès, président du GIFAS depuis 2025, la filière « tient son rang, recrute, investit, innove et prépare l’avenir ». Ce message accompagne un appel du groupement à une préférence européenne dans les commandes publiques. Le GIFAS demande aussi un financement stable de la recherche aéronautique civile, jugé nécessaire pour préparer l’avion bas carbone attendu pour la décennie 2030.
Ce que ces chiffres ne couvrent pas
Les montants du GIFAS reposent sur les déclarations de ses adhérents, environ 500 entreprises. Ils ne constituent pas un recensement administratif exhaustif du secteur. Les très petites structures non adhérentes, les activités aéroportuaires au sens strict et une partie de la maintenance indépendante échappent en partie à ce périmètre. Les chiffres régionaux, par exemple la part de l’Occitanie ou de l’Île-de-France dans le total national, ne sont pas publiés de façon homogène d’une source à l’autre. Ils n’ont pas été inclus ici faute de méthode commune vérifiable.
| Segment | Chiffre d’affaires 2025 | Évolution sur un an | Part du total filière |
|---|---|---|---|
| Aéronautique civile | 63,3 Md€ | +11,9% | 74% |
| Défense | 22,3 Md€ | +11,9% | recoupe le civil et le spatial |
| Spatial | 5,3 Md€ | +10,8% | inclus dans le civil et la défense |
| Total filière GIFAS | 85,6 Md€ | +11,9% | 100% |